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La Presse Quebec 2013. Inuit / Chasse culturelle.

(Iqaluit) Pour faire face à l'insécurité alimentaire au Nunavut, une avenue est préférée à toutes les autres par les Inuits, convaincus que c'est en chassant et en pêchant davantage que le peuple nordique réussira à combattre la faim. Une solution envisagée au moment même où de nombreux chasseurs rompent avec une tradition millénaire pour joindre les deux bouts.

Perchés sur la boîte de leur camionnette, Sean Noble, 17 ans, et deux de ses amis tiennent dans leur main de grands poissons congelés. Aux automobilistes qui ralentissent en les apercevant, ils crient un prix: «C'est 34$ pour un omble chevalier.»

Coiffé d'une chapka de fourrure et d'une parka vert fluo, le jeune pêcheur se sent obligé de justifier son geste. «Ma famille et moi, nous n'aimons pas vendre le poisson que nous avons attrapé. Mais ça coûte tellement cher d'aller à la pêche que nous avons commencé à le faire.»

L'adolescent inuit revenait tout juste d'un voyage de pêche de quatre jours en compagnie de sa famille. Pour ramener du poisson, ils ont dû faire 14 heures de motoneige, payer l'essence et les réparations sur l'une des motoneiges.

Les chasseurs inuits traditionnels du siècle dernier ne connaissaient pas ces coûts, explique Willie Hyndman, de l'organisme Projet Nunavut. «Traditionnellement, les chasseurs inuits allaient à la chasse et partageaient toute la nourriture excédentaire au retour. Leurs coûts étaient limités: ils nourrissaient leurs chiens de traîneau avec leurs prises. Aujourd'hui, on ne peut pas mettre un poisson dans le réservoir de la motoneige», remarque-t-il.

Une motoneige au Nunavut coûte de 12 000 à 15 000$. Un fusil de 1000 à 1200$. Et il faut aussi garder le kamotik, traîneau traditionnel, en bon état. «Pour commencer à chasser, ça prend 18 000$», fait valoir Willie Hyndman, en notant que le nombre de chasseurs à temps plein est presque nul. «Les chasseurs inuits veulent respecter la tradition et donner une partie de leur gibier. Mais ils ont aussi une famille à nourrir», note M. Hyndman qui a mis sur pied le premier marché de nourriture traditionnelle pour leur venir en aide.

Une fois par mois, au coeur d'Iqaluit, il installe des tentes de prospecteur. Il annonce la tenue du marché sur Facebook. «Venez soutenir vos chasseurs», peut-on lire sur l'affiche.

Les chasseurs arrivent avec leurs produits et établissent leurs propres prix. Les clients affluent. «La plupart du temps, tout est vendu en une demi-heure», remarque Willie Hyndman.

Controverse culturelle

Cette nouvelle approche, malgré sa popularité, ne passe pas comme lettre à la poste. Plusieurs craignent la disparition de la culture du partage et notent que la vente de la nourriture traditionnelle rendra la vie encore plus difficile aux familles qui peinent déjà à mettre assez de pain et de beurre sur la table. «Nos sentiments sont vraiment partagés sur la question, note Leesee Papatsie, de l'organisme Feeding my family. Si c'est pour qu'un chasseur nourrisse sa famille, je pense que c'est acceptable, mais si c'est pour faire du profit, ça l'est beaucoup moins», expose la militante.

Plusieurs chasseurs admettent qu'ils trouvent difficile de tourner le dos à la tradition. «Aujourd'hui, quand nous avons commencé à vendre notre poisson, une grand-mère est venue nous dire que ses petits-enfants et elle n'avaient rien à manger. Je lui ai donné un poisson», raconte Sean Noble.

Si plusieurs Inuits rencontrés estiment que la vente partielle des produits de la chasse est une solution nécessaire à court terme, ils souhaitent tous trouver une meilleure solution à long terme. «Ça doit passer par des subventions aux chasseurs», estime Sawkiasie Sawdluapik, maire de la petite communauté de Pangnirtung. Il imagine une armée de chasseurs travaillant pour l'État et partageant leurs prises avec tout le village à leur retour.

Et il n'est pas le seul à penser de la sorte: l'idée de créer des programmes de soutien aux chasseurs et aux pêcheurs a fait ses preuves, notamment dans le Nord-du-Québec, où les 14 communautés du Nunavik ont adopté la formule. Bien qu'il soit difficile d'évaluer l'impact du programme, les études démontrent que le taux d'insécurité alimentaire est moins élevé au Nunavik qu'au Nunavut.

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